Journée CIRI 11 mars 2017 – Ignace Berten – « Quand on enseigne le mépris de l’autre. Un point de vue chrétien. »

Quand on enseigne le mépris de l’autre

Un point de vue chrétien

 

Ignace Berten, CIRI

UCL-Woluwé, 11.03.17

 

Dans le contexte de la violence mise en œuvre par l’islamisme radical de type djihadiste, nous nous interrogeons sur les effets violents possibles du discours de mépris ou des représentations méprisantes de l’autre. Nous sommes persuadés que le salafisme wahhabite n’est pas innocent de ce point de vue, comme terreau d’un radicalisme possible, tout en reconnaissant que le salafisme n’est pas de lui-même violent. Il peut aussi, et plus généralement d’ailleurs, ouvrir à un quiétisme pieux, rigoriste dans l’observance, en décalage par rapport à la société et à la culture là où les musulmans vivent dans une société non musulmane.

Mais qu’en est-il du christianisme dans son histoire et dans son présent ?

Il est trop facile de ne lire la tradition et l’histoire chrétiennes que par la lunette focalisée sur ce qu’à bon droit nous considérons aujourd’hui comme des dérives : croisades, Inquisition, conquête des Amériques, idéologies de colonisation… Ces lunettes que chaussent parfois bien facilement certains idéologues prétendant parler au nom du principe de laïcité.

Je cite simplement deux extraits parlants de la revue Espace de libertés, l’organe officiel du CAL.

Le premier date de juin 2013 et il est de la plume de Pierre Galand qui, à l’époque, était le président du CAL :

« Et qu’on ne vienne plus nous parler des “racines chrétiennes de l’Europe”, qui nous ramènent au temps des croisades, du Saint-Empire romain germanique et de l’Inquisition. Parions plutôt sur les racines puisant dans la démocratie et la philosophie grecque, civilisation où l’on avait bien compris que les dieux n’étaient que des symboles destinés à expliquer au peuple ce que la science ne pouvait pas encore démontrer. »

Cette idéalisation de la société grecque est une mystification : la démocratie pour une toute petite minorité exclusivement masculine : tel est le modèle ? Quant au rapport aux dieux et aux mythes des  héros, il est bien plus complexe[1]

Ma seconde citation est très récente, elle date de septembre 2016, suite à l’assassinat du père Hamel par un islamiste. Dans le courrier des lecteurs d’Espace de libertés un certain  Florizoone s’exprime ainsi :

« Comment ne pas être estomaqué et scandalisé par ce qui se passe actuellement dans la classe politique française ? Quelle hypocrisie ! Un simple citoyen français vient d’être assassiné par un islamiste. C’est un acte barbare, triste et inacceptable. Mais, en fait, c’est un membre d’une religion qui a assassiné un membre d’une autre religion. Et du coup, tous les politiques français sont bouleversés au point d’assister à une messe dans la cathédrale à Paris. Or il se fait que la religion pour qui travaillait la victime, l’Église catholique, a dominé dictatorialement l’Europe pendant des siècles et a sa propre histoire de maltraitance, de meurtres, de bûchers, de tortures sur des centaines de milliers de personnes, au seul motif qu’ils ne voulaient pas croire aux fables du catholicisme. Et voilà que l’État français va s’agenouiller devant ses officiants. L’hypocrisie du politique est immense et son comportement malfaisant. »

Il ne s’agit pour nous ni d’idéaliser notre histoire sans vouloir voir ses dérives ni nous interroger sur leurs causes, ni non plus de développer une attitude marquée prioritairement par la repentance et l’accusation du passé. Il est aussi inutile de vouloir chercher à établir un bilan plus ou moins mathématique du positif et du négatif, dans une position défensive et justificatrice.

Reconnaissons tout le positif apporté par l’histoire chrétienne à notre culture et notre civilisation. La puissance libératrice de l’Évangile, la dimension fondamentale d’universalisme (c’est un auteur marxiste athée, Alain Badiou, qui a écrit un petit livre particulièrement éclairant : Saint Paul. La fondation de l’universalisme[2]). C’est la théologie chrétienne qui a proposé la première élaboration du concept de personne, à la source de la doctrine des droits de l’homme. C’est l’éthique chrétienne qui, la première, a développé une affirmation du primat de la conscience. Etc.

Mais cette histoire chrétienne a aussi été porteuse de violence. On ne peut le voiler et il y a lieu de s’interroger. Pas d’abord pour demander pardon, ce qu’il faut faire quand on reconnaît ce qui a été et qu’il y a eu des victimes, et que la mémoire des violences est toujours présente chez leurs descendants. Pas d’abord  non plus  pour condamner un passé qui n’est plus le nôtre, mais pour comprendre. Et comprendre aujourd’hui pour éviter que, d’une manière ou l’autre, nous soyons à nouveau porteurs et facteurs de violence.

Une des racines fondamentales de la violence dont nous avons été les acteurs est certainement le mépris de l’autre, mépris exprimé dans le discours, mépris exprimé dans les images mentales collectives de l’autre.

Deux types d’images ou d’imaginaires et de discours ont été et sont parfois encore à l’œuvre.

Il y a d’abord des images et des discours de type anthropologique ou ethnocentriques, images et discours auxquels on associe des arguments de type théologique. Il y a ensuite une certaine conception de la vérité quand on s’en déclare les seules dépositaires.

 

  1. 1.      L’image anthropologique de l’autre

Les diverses entreprises de colonisation sont clairement marquées par un processus de dépréciation de l’autre.

Lors de la conquête de l’Amérique, les Espagnols réduisent les Indiens à l’esclavage. Les dominicains Montesinos puis La Casas protestent au nom de leur commune humanité. Des théologiens, dont le plus connu est Sepulveda, viennent à la rescousse des conquistadores et déclarent que les Indiens sont pas nature inférieurs et que Dieu ne les a créés que pour nous servir. En 1537, le pape Paul III intervient à deux reprises, en particulier dans la bulle Sublimis Deus où il condamne l’esclavage au nom de la commune humanité. Il condamne ceux qui déclarent « que les Indiens de l’Occident et du Sud, et d’autres peuples dont nous avons eu récemment connaissance, devraient être traités comme des bêtes de somme créées pour nous servir ». Une remarque est nécessaire au sujet de la célèbre et très belle pièce La controverse de Valladolid qui oppose Las Casas et Sepulveda. Il s’agit d’une fiction historique : ces deux théologiens ne se sont probablement jamais rencontrés, mais ils ont beaucoup échangé par lettres, et on a gardé cette correspondance. Il n’y cependant aucune trace historique de la question « les Indiens ont-ils une âme ? » qui est au cœur de la controverse selon cette pièce. La question réelle était de savoir si les Indiens étaient par nature inférieurs aux Européens. Autrement dit, y a-t-il ou non une égalité par nature entre tous les êtres humains ? Or cette question est explicitement ou implicitement, consciemment ou non sous-jacente à tout le processus de colonisation.

L’imaginaire et la culture de l’Occident sont marqués par un ethnocentrisme blanc et masculin. En effet, une ligne de fond traverse l’histoire culturelle européenne depuis l’époque grecque et romaine en passant par le christianisme, et jusqu’à une époque très récente. La philosophie grecque, celle de Platon ou d’Aristote en particulier, possède un concept universalisant de l’être humain. Mais il y a une distance considérable entre le concept et la réalité de la société et de son droit, c’est vrai tant pour la Grèce que pour Rome. Seul est sujet de tous les droits le citoyen masculin, à l’exclusion de l’autre, le barbare ou l’esclave et la femme, personnes dont les droits sont restreints.

L’institution de l’esclavage est une expression symbolique extrêmement forte et parlante de cet ethnocentrisme fait de mépris ou de déconsidération de l’autre. L’esclave est en fait toujours le Noir, le nègre, celui qui est différent par la couleur de sa peau. L’institution esclavagiste est universellement admise en Occident pendant plus de deux millénaires, mais elle l’est aussi dans le Moyen Orient ancien, le Bible en témoigne abondamment. Les mises en cause sont très rares et plutôt isolées et pratiquement sans effets sociaux. Typiquement, il y a chez saint Paul une affirmation universaliste de principe très forte, l’affirmation de l’égalité de tous par rapport au salut, mais sans remettre en cause l’institution de l’esclavage : il y a seulement le souci affirmé, 1° qu’au sein de la communauté chrétienne, dans le cadre de la célébration eucharistique, il n’y ait pas de distinction (pas d’apartheid, de ce point de vue), et 2° que l’esclave soit traité humainement. Plus tard saint Augustin affirmera que l’esclavage ne peut avoir d’autre justification que comme châtiment, mais cela on l’oubliera bien vite. Et il insiste aussi sur le traitement humain de l’esclave.

Las Casas défend vigoureusement les Indiens et leur droit à la liberté. Mais, dans un premier temps, il justifie l’importation d’esclaves africains, pour remplacer les Indiens pour lesquels il revendique la liberté. En fait, dans la ligne de saint Augustin, il croit que ces Africains sont des prisonniers de guerre, et que donc leur esclavage est un juste châtiment. Quand il découvre qu’il s’agit d’un véritable commerce, il le dénonce et se repend amèrement de sa première position.

Dans l’Occident chrétien, l’esclavage institué dans l’Empire romain, disparaît de fait à peu près totalement à partir du 5e siècle. Il  ne réapparaît qu’à partir du 15e s. suite aux explorations et découvertes en Afrique et en Amérique latine, puis en Amérique du Nord. Et c’est sur le continent américain que cette institution prend toute son extension comme force de travail et comme travail forcé.

À partir du 17e s. un argument biblico-théologique est développé dans les milieux protestants des Pays-Bas : dans la Genèse, il est dit que Noé s’enivre et se couche nu. Son fils Cham le voit ainsi et va prévenir ses frères, qui eux viennent le couvrir à reculons. Suite à quoi, Noé maudit Canaan, le fils de Cham : « Maudit soit Canaan ! qu’il soit l’esclave des esclaves de ses frères ! » (Gn 9,25), Canaan est considéré comme l’ancêtre des Africains. Et cet argument est plus ou moins largement repris dans les discours théologiques ou pastoraux concernant les esclaves. Un autre argument sera utilisé par les Afrikaners, les habitants d’Afrique du Sud d’origine néerlandaise et protestante : suite à Babel, Dieu a divisé l’humanité en peuples et nations. Cette différence est voulue par Dieu, on ne peut donc y porter atteinte ni accepter le mélange. Comme dans l’interprétation de l’histoire de Noé et de Cham, il s’agit bien ici de couvrir par un argument religieux la position d’exploitation économique et d’exclusion politique de l’autre.

Il y a certes eu des voix éthiques minoritaires au sein de l’Église pour mettre en principe en cause l’esclavage au nom de l’humanité commune de tous les hommes et au nom de la dignité de tout être humain. Dans l’antiquité chrétienne, des papes ont condamné l’esclavage. À l’époque moderne, il y a des personnalités comme l’abbé Grégoire : humaniste, évêque constitutionnel, engagé comme député dans le processus révolutionnaire en France, il ne cessera jusqu’à sa mort de militer pour l’abolition de l’esclavage. Mais ces voix, tout comme de celle du philosophe révolutionnaire Condorcet, ne sont pas entendues. Les intérêts économiques et politiques sont trop considérables.

Les Lumières, à partir du 18e s., discréditent les arguments théologiques, mais en développent un autre : il s’agit d’établir une hiérarchie entre les races, qui est en fait une hiérarchie de la qualité proprement humaine. Seule la race blanche est pleinement humaine et totalement accomplie du point de vue humain.

Le 28 juillet 1885, lors d’un débat sur la colonisation Jules Ferry, député socialiste, déclare au Parlement français : « Messieurs, il faut parler plus haut et plus vrai ! il faut dire ouvertement qu’en effet les races supérieures ont un droit vis-à-vis des races inférieures… […] Je répète qu’il y a pour les races supérieures un droit, parce qu’il y a un devoir pour elles. Elles ont le devoir de civiliser les races inférieures… ».

L’humanisme, jusqu’à une époque récente, comporte une tache aveugle : le mépris du non-Blanc. Et ce mépris a eu des effets dévastateurs et meurtriers pour des millions de personnes.

L’imaginaire colonial est aussi fortement marqué par le mépris de la culture de l’autre : le projet prétendu de civilisation consiste souvent à écraser cette culture au profit de la seule culture blanche occidentale, avec souvent pour effet déracinement, déstructuration des liens sociaux et des économies locales.

En parallèle à cet imaginaire colonial marqué par le mépris, une réflexion devrait être menée, sur le mépris sous-jacent concernant les femmes, considérées comme inférieures, avec toutes les souffrances que cela induit. Aujourd’hui encore n’entend-on pas un eurodéputé polonais, Janusz Korwin-Mikke, déclarer : « Bien entendu, les femmes doivent gagner moins que les hommes, parce qu’elles sont plus faibles, elles sont plus petites et elles sont moins intelligentes. » Il avait aussi comparé les immigrants à des déchets humains. La véritable égalité n’est pas encore acquise.

 

  1. 2.      Le rapport à la vérité

Comme chrétien de tradition catholique, une autre ligne de réflexion est nécessaire au sujet du mépris de l’autre, qui est proprement théologique.

La question du rapport à la vérité est une question fondamentale pour l’Église (et je parle ici spécifiquement de l’Église catholique), tant dans son passé que dans son présent.

Tout au long du deuxième millénaire de l’Église et assez largement jusqu’à Vatican II, a prédominé l’idée que hors de l’Église, il n’y a pas de salut. L’autre est l’infidèle. Il est voué à la damnation éternelle : tout qui n’est pas baptisé dans l’Église catholique est destiné à l’enfer. Ainsi en 1442, le concile œcuménique de Florence déclare que « La Sainte Église romaine croit fermement, professe et prêche qu’aucun de ceux qui se trouvent en dehors de l’Église catholique, non seulement les païens, mais encore juifs ou hérétiques et schismatiques ne peuvent devenir participants à la vie éternelle, mais iront “dans le feu éternel qui est préparé pour le diable et ses anges” (Mt 25,41), à moins qu’avant la fin de leur vie ils ne lui aient été agrégés[3]. »

Un  exemple, en 1542 saint François-Xavier écrit à saint Ignace : « Depuis que je suis venu ici [en Inde], je n’ai pas arrêté : je parcourais activement les villages, je baptisais tous les enfants qui ne l’avaient pas encore été. » Deux ans plus tard, il lui réécrit : « Dans ce pays, quantité de gens ne sont pas chrétiens uniquement parce qu’il n’y a personne aujourd’hui pour en faire des chrétiens. J’ai très souvent eu l’idée de parcourir toutes les universités d’Europe, et d’abord celle de Paris, pour hurler partout d’une manière folle et pousser ceux qui ont plus de doctrine que de charité, en leur disant : “Hélas, quel nombre énorme d’âmes, exclu du ciel par votre faute, s’engouffre dans l’enfer !” »

Si on met en enfer tous ceux qui n’ont pas été baptisés et qu’on y ajoute tous ceux qui meurent alors qu’ils sont dits en état de péché mortel, le ciel ne devrait pas être très peuplé !

Ce regard de mépris sur l’autre, parce qu’il est dans l’erreur, ne porte pas de soi à la violence physique, mais si les circonstances s’y prêtent, cela peut conduire à une telle violence. Exclu de Dieu, à la limite il n’a aucun droit. L’Inquisition et les croisades en sont une expression. Saint Jacques de Compostelle porte aussi le titre de « Matamoros », celui qui tue les Maures, c’est-à-dire les musulmans (de là vient notre mot matamore). Il est représenté à cheval tuant un musulman.

On touche ici une question fondamentale, qui est celle de la vérité. Le rapport à la vérité peut couvrir une forme plus subtile de mépris dont les effets peuvent être socialement et politiquement dévastateurs.

Les guerres de religion en Europe se sont faites au nom de la défense de la vérité. Certes la religion a été instrumentalisée par le politique, mais il faut reconnaître « cette capacité du religieux à mettre en forme la violence collective, à la rendre légitime en lui donnant sens », comme l’écrit l’historien Denis Pelletier[4].

Clairement depuis Vatican II, l’Église catholique a officiellement promu un regard positif  sur les autres croyances et convictions : œcuménisme, théologie des religions non chrétiennes, et plus timidement non-exclusion de l’agnosticisme et de l’athéisme de la perspective du salut.

Mais en parallèle et en interne, elle a développé une doctrine de plus en plus autoritaire et intransigeante concernant la vérité de foi et la vérité morale, étendant de fait la prétention d’infaillibilité du pape et de son enseignement. La mise en cause de cette prétention à une vérité définitive et universellement valable a été sous-jacente aux difficiles débats qui ont eu lieu au cours du dernier synode sur la famille et suite aux conclusions qu’en a tirées le pape François dans son exhortation apostolique Amoris laetitia. Il est intéressant de remarquer que dans une interview que Die Zeit publie cette semaine, François déclare : « Ich bin Sünder und bin fehlbar » : l’agence Zenit traduit : « Je suis pécheur et je puis me tromper », mais le mot allemand ‘fehlbar’ veut dire faillible. Je pense que ce n’est pas un hasard que François utilise ce mot, qui est le contraire d’infaillible (‘unfehlbar’) : de multiples expressions de sa part montrent qu’il cherche à désabsolutiser le ministère pontifical et la parole magistérielle.

Il n’y a pas de vivre ensemble respectueux et harmonieux, tant en Église qu’en société, si on prétend avoir toute la vérité.

Dans un livre très intéressant, Rationalité pluraliste. Éthique et Société. Parti-pris d’une philosophie pratique[5], le philosophe congolais Jean Onaotsho Kawende, écrit ceci : « L’idée d’une rationalité pluraliste désigne, pour nous, un mode de pensée qui, partant de la conscience de l’historicité radicale de l’homme et de la finitude qui s’y affirme, reconnaît l’incomplétude structurelle du savoir humain, l’impossibilité pour tout sujet connaissant d’accéder au savoir accompli, la diversité de modes de pensée, le caractère pluriel de la vérité et pose l’exigence d’autocritique tout autant qu’elle ouvre à l’apport critique de l’autre. Elle consacre ainsi le principe de la diversité irréductible, bien que conciliable, de modes d’appréhension du réel » (p. 93). Ce que cet auteur affirme vaut aussi pour le rapport à la vérité au sein de l’Église. On ne possède pas la vérité. Comme il le dit, elle est l’ « objet d’une quête commune ».

La prétention à la vérité définitive tant dans le domaine de l’expression de foi que de la pratique éthique comporte un véritable mépris de l’expérience croyante et de la pratique réfléchie des croyants. Elle est source d’humiliation, de rejet, de marginalisation, et donc de souffrance. Le respect de l’autre comme différent, tant l’autre qui est animé d’une autre foi, d’une autre religion, d’une autre conviction, que l’autre au sein de ma propre communauté de foi, suppose qu’on désabsolutise la question de la vérité. Cela vaut tout autant, en ce qui concerne l’Église et le chrétien, pour la relation entre croyants, que le rapport entre magistère ou autorité doctrinale et croyants.

Cela ne signifie pas qu’on tombe dans le relativisme. Tout ne se vaut pas. Dire qu’on est en recherche de vérité, suppose bien qu’il y a une vérité, une vérité de l’être humain, une vérité de la destinée humaine, une vérité de Dieu, mais qu’une part de cette vérité nous échappe toujours. L’autre est aussi porteur de vérité dans son expérience différente, dans la réflexion qui l’anime. Le respect profond de cette différence dans l’ouverture et l’écoute est ce qui permet de sortir de tout mépris pour chercher ensemble plus de vérité.

 

 

 



[1] On peut voir à ce sujet Paul Veyne, Les Grecs ont-ils cru à leurs mythes ?  Paris, Seuil, 1983 – Édition de poche, « Points Essais », 2014.

[2] Paris, PUF, 1997.

[3] Texte (latin) dans l’Enchiridion symbolorum, defintionum et declarationum de rebus fidei et morum, de Denzinger et schönmetzer, Herder, Freibug in Brisgau, n. 1351 (la traduction française parue dans La foi catholique de Gervais Dumeige, Paris, L’Orante, 1969, n. 433 n’est pas exacte).

[4] « Religion et violence », article accessible sur le site cairn.info.

[5] Louvain-la-Neuve, Academia-L’Harmattan, 2016.

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