Histoire

Le Centre El Kalima est fondé le 17 février 1978, dans la foulée du Concile Vatican II et du regard nouveau qu’il pose sur les relations avec les religions non-chrétiennes. Il se présente dans un premier temps comme  » un centre islamo-chrétien pris en charge par les pères blancs à Bruxelles « . Il est alors dirigé par Charles Deckers, Père blanc qui a vécu 27 ans en Algérie. Le Père Jean-Marie Gérard et Sœur Françoise Cassiers collaborent à l’animation du Centre.

Mieux se rencontrer

A l’époque, près de 150.000 musulmans, principalement immigrés, vivent déjà en Belgique. La conscience de la présence de cette religion sur le sol belge est faible dans le public. Pourtant des chrétiens, en relation avec des musulmans par leur travail dans les quartiers immigrés, commencent à exprimer leur désir d’une meilleure information sur cette religion inconnue d’eux. Le personnel des hôpitaux, les enseignants en milieu turc ou arabe, les prêtres de paroisse confrontés au problème des mariages mixtes découvrent qu’ils sont peu préparés à la rencontre et désirent se former. Il y a aussi de plus en plus de touristes qui se rendent en Afrique du Nord. Les contacts d’affaires et les projets de coopération se multiplient. La rencontre avec ces croyants autres ne peut laisser indifférent.

Pour répondre à ces besoins, des instruments sont proposés et des activités mises sur pied : permanence d’accueil et d’information, documentation de vulgarisation, bibliothèque, cours d’arabe dialectal et classique, formations, création d’occasions de rencontres entre chrétiens et musulmans intéressés par une meilleure connaissance réciproque, mise sur pied d’un lieu de référence pour l’étude et l’application pastorale des problèmes posés par la sacramentalisation chez les couples islamo-chrétiens, accueil de groupes scolaires ou exposés dans les écoles…

Dans un contexte mouvant, la pérennité d’un défi

Avec le temps, bien des changements verront le jour. L’équipe se renouvellera plusieurs fois, sa direction sera successivement assumée par un autre père blanc (Roger Luyten) et une laïque (Christiane De Decker). Marianne Goffoël, une soeur dominicaine, en est responsable depuis 1993.

L’équipe de réflexion s’est élargie et diversifiée. La cheville ouvrière du Centre repose essentiellement sur une cellule de bénévoles.

L’objectif primordial du Centre, fournir des outils pour une rencontre en profondeur, ne varie pas ; activités et moyens, eux, s’adaptent aux changements dictés par les événements et aux nouvelles options qu’implique une situation en évolution rapide. Apparaissent par exemple des activités qui tiennent compte d’une société devenue plurielle dans ses convictions.

Une autre illustration de cette adaptabilité concertée est certainement celle qu’offre le travail effectué en milieu scolaire. La croissance démographique de la population musulmane à Bruxelles s’est traduite par une croissance sensible du nombre d’élèves musulmans au sein des cours de religion dans les écoles catholiques. Afin de garantir un respect plus grand des musulmans et de préserver l’intégrité de l’enseignement religieux catholique donné aux chrétiens, une séparation des élèves chrétiens et musulmans pour une partie des cours est proposée.

C’est à ce moment que le Centre s’enrichit également d’un matériel audio-visuel mis à la disposition des enseignants.

Une revue, des conférences, l’école et les couples mixtes

La fin des années 80 et les années 90 voient la multiplication et la diversification des conférences. En avril 1989, paraît le premier numéro de la revue trimestrielle El Kalima. Cette même année est lancée une série de Fiches de culture islamo-chrétienne. Des consulteurs pour les couples mixtes sont nommés et un groupe de couples islamo-chrétiens est créé par Philippe Van Vlaenderen. Une commission  » Enseignement  » est mise sur pied pour être un organe permanent de concertation sur les demandes nouvelles liées à l’évolution des écoles ou à des questions brûlantes. On élabore des programmes annuels qui offrent de temps en temps une activité à caractère plus culturel (expositions,  littérature, musique…)

Des journées entières rassemblent chrétiens et musulmans autour d’un sujet traité par des conférenciers des deux religions. Depuis plusieurs années, ces journées sont ouvertes également à d’autres religions ou convictions.

De plus en plus de musulmans collaborent aux différentes activités.

Mondialisation, quand tu nous tiens

Si l’équipe a toujours été sollicitée pour des interventions à l’extérieur, elle l’est particulièrement ces dernières années, vu le contexte international. Des événements internationaux tels que les événements politiques en Algérie, les attentats du 11 septembre 2001 aux Etats Unis, les crises au Soudan, en Indonésie, au Nigéria, et leur interprétation en termes religieux mettent l’islam au centre des interrogations sur le religieux, le fanatisme, le fondamentalisme . Beaucoup de questions arrivent au Centre, qu’il faut saisir dans leur complexité avant de pouvoir y apporter une réponse pertinente.

La mise en scène de l’islam dans les médias, les nouvelles technologies de l’information, le succès d’Internet entraînent de nouvelles évolutions des demandes. Le site www.elkalima.be est présent sur la toile depuis octobre 2002. Une version plus interactive en a été publiée 5 ans plus tard. Le fichier de la bibliothèque, riche de plus de 3000 volumes, a été informatisé et nous espérons ouvrir aux lecteurs la possibilité de consulter le catalogue en ligne, via notre site.

D’autre part, des dynamiques nationales comme la création de l’Exécutif des Musulmans de Belgique et la mise en place d’une coordination entre certaines mosquées permettent désormais des ouvertures aussi du côté d’une collaboration plus institutionnalisée.

Enfin, la prise de conscience, dans l’Eglise, de la nécessité d’un approfondissement de la réflexion théologique sur le dialogue interreligieux, offre à nos travaux un cadre élargi, stimulant et interpellant à la fois.

Textes de réferences

Vous trouverez ci-après quelques textes de référence en matière de dialogue islamo-chrétien, ancrant notre action dans la tradition de l’Eglise et inspirant tout à la fois notre réflexion et notre action.
» Le dessein de salut enveloppe également ceux qui reconnaissent le Créateur et, en tout premier lieu, les musulmans qui professent avoir la foi d’Abraham et adorent avec nous le Dieu Créateur, miséricordieux, futur juge des hommes au Dernier Jour.  »

Lumen Gentium, ch. II (De populo Dei), § 116
(24 novembre 1964)

» A notre époque où le genre humain devient de jour en jour plus étroitement uni et où les relations entre les divers peuples augmentent, l’Eglise examine plus attentivement quelles sont ses relations avec les religions non-chrétiennes. Dans sa tâche de promouvoir l’unité et la charité entre les hommes, et même entre les peuples, elle examine ici d’abord ce que les hommes ont en commun et qui les pousse à vivre ensemble leur destinée. Tous les peuples forment, en effet, une seule communauté. Ils ont une seule origine, puisque Dieu fait habiter toute la race humaine sur la face de la terre. Ils ont aussi une seule fin dernière, Dieu, dont la Providence, les témoignages de bonté et les desseins de salut s’étendent à tous, jusqu’à ce que les élus soient réunis dans la cité sainte, que la gloire de Dieu illuminera et où tous les peuples marcheront à sa lumière. Les hommes attendent des diverses religions la réponse aux énigmes cachées de la condition humaine qui , hier comme aujourd’hui, troublent profondément le cœur humain : Qu’est-ce que l’homme ? Quel est le sens et le but de la vie ? Qu’est-ce que le bien et qu’est-ce que le péché ? Quels sont les origines et le but de la souffrance ? Quelle est la voie pour parvenir au vrai bonheur ? Qu’est-ce que la mort, le jugement et la rétribution après la mort ? Qu’est-ce enfin que le mystère dernier et ineffable qui entoure notre existence, d’où nous tirons notre origine et vers lequel nous tendons ?  » …

L’Eglise regarde aussi avec estime les musulmans, qui adorent le Dieu Un, vivant et subsistant, miséricordieux et tout-puissant, créateur du ciel et de la terre, qui a parlé aux hommes. Ils cherchent à se soumettre de toute leur âme aux décrets de Dieu, auquel la foi islamique se réfère volontiers. Bien qu’ils ne reconnaissent pas Jésus comme Dieu, ils le vénèrent comme prophète ; ils honorent sa mère virginale, Marie, et parfois même l’invoquent avec piété. De plus, ils attendent le jour du jugement, où Dieu rétribuera tous les hommes ressuscités. Aussi ont-ils en estime la vie morale et rendent-ils un culte à Dieu, surtout par la prière, l’aumône et le jeûne.

Si, au cours des siècles, de nombreuses dissensions et inimitiés se sont manifestées entre les chrétiens et les musulmans, le concile les exhorte tous à oublier le passé et à s’efforcer sincèrement à la compréhension mutuelle, ainsi qu’à protéger et à promouvoir ensemble, pour tous les hommes, la justice sociale, les valeurs morales, la paix et la liberté.  »

Nostra Aetate, 3
(28 octobre 1965)